Réponse courte : presque rien.
En juillet 2015, l’association Autisme France publiait un rapport au titre sans ambiguïté (rapport complet original en suivant le lien):
« L’Aide Sociale à l’Enfance : une impitoyable machine à broyer les familles d’enfants autistes ».
Dix ans plus tard, ce document reste d’une actualité troublante. Non pas parce qu’il serait excessif, mais parce que les mécanismes qu’il décrit sont toujours à l’œuvre. Pour de nombreuses familles, la lecture de ce rapport n’est pas un retour sur le passé. C’est un miroir du présent.
Ce que disait clairement le rapport en 2015
Le rapport dressait un constat précis, étayé, documenté, et surtout répété par des dizaines de témoignages concordants.
Il pointait notamment :
- des signalements abusifs visant de façon disproportionnée des familles d’enfants autistes, souvent initiés par des institutions médico-sociales mal formées à l’autisme ;
- une confusion permanente entre handicap et danger, où les difficultés liées à l’autisme sont interprétées comme des carences éducatives ou affectives ;
- une judiciarisation quasi automatique, utilisée comme outil de protection institutionnelle plutôt que comme réponse proportionnée à une situation réelle de danger ;
- l’absence de garanties procédurales effectives pour les familles : accès aux dossiers entravé, information parcellaire, décisions prises sans débat contradictoire réel ;
- une culture du soupçon envers les parents, en particulier les mères, allant jusqu’à des accusations graves (maltraitance, pathologies inventées, syndrome de Münchhausen par procuration) sans fondement scientifique solide.
Le rapport rappelait aussi un fait essentiel : ces dérives étaient connues. D’autres rapports officiels, avant et après 2015, avaient formulé des constats similaires. Sans effet.
Dix ans plus tard : qu’est-ce qui a réellement changé ?
Sur le papier, beaucoup de choses.
Les discours institutionnels ont évolué. Les plans autisme se sont succédé. Les recommandations de bonnes pratiques existent. Les mots ont changé : on parle davantage d’inclusion, de droits, de parcours.
Mais sur le terrain, pour trop de familles, les pratiques, elles, n’ont pas suivi.
Les signalements infondés existent toujours.
La peur de l’ASE reste un facteur central dans la vie de nombreuses familles d’enfants autistes.
La menace du placement continue d’être utilisée comme levier de contrainte.
Et lorsque le placement a lieu, les conséquences sont souvent dramatiques : ruptures affectives, régressions chez l’enfant, traumatismes durables.
Le rapport posait une question simple : qui répare les dégâts quand il y a erreur ?
Dix ans plus tard, la réponse reste la même : personne.
Une mécanique institutionnelle qui se perpétue
Ce que décrivait Autisme France en 2015, ce n’était pas une série de “dysfonctionnements isolés”. C’était un système.
Un système où :
- l’offre disponible oriente la décision plus que l’évaluation réelle des besoins ;
- la protection judiciaire est privilégiée par défaut, faute de moyens ou de volonté pour une aide administrative adaptée ;
- la parole des familles est disqualifiée, quand elle n’est pas retournée contre elles ;
- l’enfant est censé être protégé, mais sans projet clair, sans vision à long terme, sans réelle prise en compte de son handicap.
Ce système n’a pas été démantelé. Il a été rhabillé.
Pourquoi ce rapport nous concerne toujours aujourd’hui
Si ce rapport continue de circuler, d’être cité, partagé, c’est parce que les familles s’y reconnaissent encore.
Parce que ce qu’elles vivent aujourd’hui ressemble, parfois mot pour mot, à ce qui était décrit il y a dix ans.
Parce que la promesse d’une protection de l’enfance respectueuse des droits reste trop souvent théorique.
Et parce que remettre en cause ces pratiques expose encore ceux qui le font à des représailles institutionnelles.
Ce silence, cette inertie, cette absence de remise en question réelle posent une question politique, éthique et démocratique majeure.
Protéger les enfants ne devrait jamais signifier briser leurs familles
C’est sans doute la phrase la plus simple, et la plus dérangeante.
On peut protéger des enfants.
On peut accompagner des familles.
On peut reconnaître un handicap sans criminaliser les parents.
Le rapport de 2015 ne demandait rien d’extravagant. Il demandait du droit, de la compétence, de la proportionnalité, du contrôle. Il demandait que la protection de l’enfance cesse d’être une zone de non-droit.
Dix ans plus tard, la question n’est donc pas : avons-nous su ?
Nous savions.
La question est : qu’allons-nous enfin décider de changer ?
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