Une nouvelle proposition de loi “relative Ă  l’intĂ©rĂŞt des enfants”, portĂ©e par la dĂ©putĂ©e Perrine Goulet et adoptĂ©e Ă  l’unanimitĂ© par l’AssemblĂ©e nationale le 29 janvier 2026, vise Ă  mieux protĂ©ger les mineurs victimes de violences, d’inceste ou en situation de danger. 

Les mesures principales du texte sont les suivantes :

1. Renforcement des contrôles des structures d’accueil

  • Les Ă©tablissements de l’Aide sociale Ă  l’enfance (ASE) devront ĂŞtre contrĂ´lĂ©s au moins tous les trois ans (contre cinq auparavant).
  • Pour les pouponnières ou structures sensibles, la frĂ©quence de contrĂ´le pourra aller jusqu’à tous les deux ans.
  • Une majoritĂ© des visites devra ĂŞtre inopinĂ©e.  

2. Interdiction des structures lucratives

  • Les Ă©tablissements privĂ©s Ă  but lucratif dans le champ de la protection de l’enfance seront interdits, avec un dĂ©lai de trois ans pour se conformer.  

3. Création d’une “ordonnance de protection provisoire”

  • Sur le modèle des dispositifs du droit de la famille, le procureur pourra mettre un enfant Ă  l’abri rapidement face Ă  un danger manifeste, interdisant temporairement au parent mis en cause d’entrer en contact avec lui.
  • Le juge devra statuer dans des dĂ©lais très courts (72 h, puis 15 jours pour la confirmation).  

4. Clarification des compétences judiciaires

  • Le texte vise Ă  clarifier qui saisit quel juge selon la situation (JAF vs juge des enfants), ce qui peut accĂ©lĂ©rer les dĂ©cisions fondamentales pour l’enfant.  

5. Place du tiers digne de confiance

  • Le texte encourage davantage les alternatives au placement systĂ©matique en foyer, notamment via le renforcement du statut du tiers digne de confiance (mĂŞme si ce point reste Ă  approfondir).  

👉 Une Ă©tape importante dans la modernisation de la protection de l’enfance, mĂŞme si le texte doit encore ĂŞtre examinĂ© par le SĂ©nat avant d’être dĂ©finitivement adoptĂ©. 

🧠 Mon analyse : une avancée bienvenue… mais un angle mort majeur

Sur certains points, cette loi est une véritable avancée politique et humaine :

  • Les contrĂ´les renforcĂ©s des Ă©tablissements sont indispensables : trop souvent, des dysfonctionnements graves restent invisibles faute d’inspections rĂ©gulières.
  • L’ordonnance de protection provisoire donne enfin un outil opĂ©rationnel pour agir vite dans des cas Ă©vidents de danger.
  • La mise en avant du tiers de confiance est, comme tu le soulignes, une victoire culturelle : protĂ©ger un enfant sans l’arracher inutilement Ă  sa famille doit rester un principe cardinal.

Mais malgré ces points positifs, il y a une omission qui me semble centrale, lourde de conséquences : le recueil de la parole de l’enfant.

⚠️ L’angle mort : l’absence de garanties scientifiques pour le recueil de la parole

L’article qui touche au recueil de la parole des enfants (dont tu évoques les risques) ne contient aucune obligation de protocole scientifique reconnu : ni référence explicite à un cadre rigoureux comme le NICHD (l’un des protocoles les plus validés pour limiter suggestibilité et faux souvenirs), ni contrôle indépendant sur la façon dont ces entretiens doivent être menés.

Ce manque est structurellement dangereux :

  • Aujourd’hui, la parole des enfants est trop souvent recueillie par des personnes insuffisamment formĂ©es, dans des contextes qui peuvent ĂŞtre hautement suggestifs.
  • Ces entretiens sont ensuite transmis aux procureurs et aux juges, qui, faute de contre-pouvoir, suivent dans la majoritĂ© des cas les recommandations de l’ASE.
  • Le risque prĂ©visible ? Augmentation mĂ©canique des placements, y compris dans des situations oĂą une parole mal recueillie a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ©e comme preuve d’un danger qui n’existait pas rĂ©ellement.

Sans cadre scientifique strict — comme une obligation d’utiliser un protocole validé scientifiquement (par exemple, NICHD) ou un système de contrôle indépendant des entretiens — on joue à un jeu très dangereux : transformer un mécanisme de protection en machine à placements injustifiés, justifiée a posteriori par des “procédures régulières” mais fragiles scientifiquement.

🚨 Enjeux humains, juridiques et éthiques

Ce que la loi veut faire est profond : protéger des enfants vulnérables. Mais un dispositif qui s’appuie sur une parole recueillie sans rigueur scientifique est une base fragile pour des décisions qui peuvent :

  • SĂ©parer des familles aimantes,
  • DĂ©vaster des parcours de vie pour des annĂ©es,
  • Aller Ă  l’encontre de la prĂ©somption d’innocence.

Autrement dit : oui à la protection, non à la construction de décisions irréversibles sur des inférences fragiles.


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Catégories : Projet de Loi

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