Le 18 octobre 2023, les principaux conseils nationaux concernés par la protection de l’enfance lançaient un appel solennel : face à la crise profonde du secteur, un véritable « plan Marshall » devenait indispensable.
voir ici le plan Marshall, 2023
Le constat était déjà alarmant. Malgré quinze années de réformes et des avancées réelles — meilleure prise en compte de la parole des enfants, amélioration du repérage des situations de danger, professionnalisation accrue — le système était à bout de souffle. Saturation des dispositifs, pénurie de professionnels, épuisement des équipes, inégalités territoriales criantes : le risque d’effondrement était clairement posé.
Les propositions étaient ambitieuses :
– refondre le financement pour garantir l’équité entre départements ;
– renforcer massivement l’attractivité des métiers ;
– investir durablement dans la prévention, le handicap, la santé mentale et l’accompagnement des jeunes majeurs ;
– débloquer des mesures d’urgence immédiates.
Mais un point central mérite aujourd’hui d’être posé clairement : la place de la famille élargie.
Depuis des années, les textes rappellent que le placement en institution doit rester un dernier recours et que la recherche d’un tiers digne de confiance ou d’un membre de la famille élargie doit être prioritaire. Dans les discours, ce principe est constamment réaffirmé. Dans les faits, son application reste inégale, parfois marginale, souvent tardive.
Deux ans après l’appel à un « plan Marshall », rien n’indique que cette priorité ait réellement changé de dimension. Aucune impulsion nationale forte n’a été donnée pour structurer, encadrer et soutenir systématiquement le recours à la famille élargie lorsque cela est possible. Or mobiliser les grands-parents, oncles, tantes ou proches de confiance n’est pas seulement une mesure humaine : c’est aussi un levier de stabilité pour l’enfant et un facteur de désengorgement des structures saturées.
Deux ans plus tard, la question demeure : qu’est-ce qui a concrètement évolué ?
Les discours ont été nombreux. Les annonces budgétaires aussi. Pourtant, les professionnels parlent toujours d’épuisement. Les structures d’accueil restent saturées. Les délais s’allongent. Les inégalités territoriales persistent. Et la mobilisation de la famille élargie demeure trop souvent théorique.
Le « plan Marshall » devait marquer un tournant historique. Mais un système aussi fragile ne se redresse pas par des déclarations d’intention. Il se redresse par des décisions opérationnelles, des moyens humains, des procédures claires — et par l’application effective des principes déjà inscrits dans la loi.
Le diagnostic est connu. Il l’était déjà en 2023.
La question aujourd’hui n’est plus celle des intentions, mais celle du courage politique et de la mise en œuvre réelle.
Les enfants, eux, ne peuvent pas attendre.
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