La Haute Autorité de santé (HAS) affirme désormais clairement que la psychanalyse n’est pas recommandée dans la prise en charge de l’autisme. Elle justifie cette position par un niveau de preuve jugé insuffisant, tranchant plus nettement qu’en 2012, où elle parlait surtout d’approches « non consensuelles ».
Ces nouvelles recommandations, publiées le jeudi 12 février 2026, étaient très attendues par les familles comme par les professionnels : la HAS n’avait pas produit de document majeur sur l’autisme depuis 2012. L’autisme, qui concernerait entre 1 % et 2 % de la population, recouvre des situations très diverses, avec notamment des difficultés dans les interactions sociales et des comportements répétitifs ou très centrés sur certains intérêts.
Une approche plus large que le seul soin
La HAS insiste sur une prise en compte qui dépasse la seule question thérapeutique : implication immédiate des familles et place centrale de l’école font partie des points mis en avant.
La polémique sur la psychanalyse
C’est sur les interventions thérapeutiques que la publication était particulièrement scrutée. Depuis le début des années 2010, une controverse oppose des associations de familles à une partie du monde psychiatrique et psychologique sur la place de la psychanalyse dans l’autisme et, plus largement, dans certains troubles du développement.
Les associations demandent majoritairement d’écarter la psychanalyse, qu’elles jugent inadaptée à l’autisme et insuffisamment étayée par des bénéfices démontrés. À l’inverse, des organisations professionnelles refusent une condamnation globale : elles soulignent la difficulté d’évaluer scientifiquement les psychothérapies et défendent la possibilité d’approches diverses.
Même si son influence a diminué en psychiatrie, la psychanalyse reste enseignée dans de nombreux cursus de psychologie et demeure présente dans certaines structures, notamment les centres médico-psychologiques (CMP).
La nouvelle formulation de la HAS est saluée par des représentants associatifs comme une clarification. La présidente d’Autisme France, Danièle Langlois, évoque des professionnels « imprégnés » de psychanalyse, y compris dans le champ du soin et du travail social.
Ce que la HAS recommande à la place
La HAS privilégie des approches comportementales et développementales :
- les premières reposent sur la valorisation et l’apprentissage de comportements adaptés,
- les secondes mettent l’accent sur l’interaction, notamment par le jeu.
Elle recommande d’engager ces interventions le plus tôt possible, dès qu’un trouble du spectre de l’autisme est soupçonné, puis de les adapter finement à chaque situation, en rappelant qu’il n’existe pas une méthode unique valable pour toutes les personnes autistes. La psychiatre Amaria Baghdadli, co-présidente du groupe de travail, insiste sur cette nécessité de personnalisation.
Un autre débat : rendre ces recommandations “opposables” ?
Au-delà du contenu, une question revient : faut-il rendre ces recommandations juridiquement contraignantes ? Le président de la HAS, le Pr Lionel Collet, a déjà défendu l’idée d’une forme d’« opposabilité », au motif qu’un non-recours aux approches recommandées ferait courir un risque de perte de chance aux enfants.
Des organisations professionnelles (dont la Fédération française de psychiatrie et le Syndicat national des psychologues) s’y opposent, dénonçant le risque d’une psychiatrie et d’une psychologie “d’État” et appelant à préserver une pluralité d’approches.
Lionel Collet réaffirme néanmoins que cette opposabilité dépendrait d’une décision législative, et précise qu’il ne s’agit pas de prôner une “interdiction” de la psychanalyse.
L’article original en libre accès est ici
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